Il y a quelques jours je vous racontais ma course sur le Lyon Urban Trail (LUT). J’évoquais un chassé-croisé avec une fille qui terminera finalement 2ème chez les femmes. J’ai réussi à la retrouver et je me suis permis de lui demander de raconter sa version de la course. Elle a accepté de le faire à mon grand plaisir. Voici donc la version de Marion, deuxième du Lyon Urban Trail 2016 sur le format 23km / 900d+.


Pourquoi ce « trail » ?

Oui je commence avec le mot « trail » entre guillemets, car vous allez me dire que le LUT au niveau sentiers boueux et paysages naturels on y est carrément pas! Mais motivée par une copine rencontré sur un stage trail UCPA cet été (stage que je recommande fortement par ailleurs pour les accros de trail, running amateurs, de nouvelles rencontres et des plaisirs de la vie), je me dis que cela peut être une bonne occasion de découvrir cette ville de manière ludique (oui nous coureurs, considérons que visiter une ville en courant, est bien plus sympa que de flâner dans les rues en sandale une glace à la main!).

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Crédit photo : Des bosses et des bulles

C’est donc parti; inscription en ligne pour le 23km et ses 900m de D+ je ne peux plus faire marche arrière d’autant plus que ma copine réserve son weekend et va faire plus de 6h de voiture pour me rejoindre (autre particularité du coureur, il est capable en dehors des vacances de faire des trajets en voiture, 20 fois plus long que la course en elle même).

Top départ

Réveil 6h (et oui le coureur ne connait pas le mot « grasse matinée » et encore moins un dimanche!); dernier repas avant le départ de la course; pour ma part compote de pomme parsemée de quelques fruits secs, tartine de pain complet- beurre-confiture et un thé ferons l’affaire. Je ne suis pas une adepte des gâteaux sports, la simplicité a toujours fonctionné et côté gastrique je n’ai quasiment jamais rencontré de problèmes durant une course. La seule chose que je m’impose est de déjeuner minimum 2h30 à 3h avant l’effort pour éviter que la digestion ne perturbe mon effort.

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Non ce n’est pas du dopage 🙂

Arrivées sur les lieux de la course 1h avant, le temps de passer par la fameuse case « pipi de la peur » dans les magnifiques toilettes montés pour l’occasion! Le centre ville de Lyon se réveil sous un soleil magnifique et dans l’ambiance de fête que l’on trouve sur beaucoup de course; il faut le vivre et y goûter une fois pour en devenir accros (oui en fait le coureur est un drogué!!). Des coureurs (qu’on appelle les « élites ») sont déjà dans les startings blocks, 1h avant la course!! On ne sait jamais si des gens un peu trop lents freinaient leur progression… Nous pas inquiète et sans objectifs réels, prenons place dans le sas, 10 minutes avant le départ ; nous partirons dans la 3ème vague.

8h34, emportées par la foule nous prenons le départ de notre 1ère course Lyonnaise! Nous connaissons notre niveau respectif et on avait décider de rester ensemble au moins au début de la course! Si l’une d’entre nous se sentais bien elle pouvais décrocher. La définition du terme « trail » à très vite était honorée, car dès les premiers 500m de magnifiques escaliers pavés nous attendaient. Parties à environ 4min45 au kilomètre on savait qu’il ne fallait pas trop vite s’emballer car 23km ce n’est pas rien! Bonnes sensations dès le départ, les 1ères côtes se sont faites en courant et même en discutant!! Après une première descente dans la ville ou nous avions un bon rythme, les choses sérieuses allaient vraiment commencer quand devant nous une belle montée d’escaliers menant à Fourvières se profilait ; ma technique consiste à me ménager dans ce genre de côte; je monte les escaliers deux par deux en marchant avec les mains sur les cuisses. Finalement je me rends compte que je dépasse beaucoup de gens qui courent toujours et qu’au final j’ai économisé mon souffle. Cela me permet de relancer derrière à une assez bonne allure et très rapidement après la côte; c’est à ce moment que nos chemins se sépare avec ma copine, que je retrouverais à l’arrivée. Du coup j’ai de très bonnes sensations, le parcours est plutôt très agréable et surtout je me rends compte que je dépasse beaucoup de personnes (parties trop vite certainement); cela me motive encore plus même si je sais que le chemin vers la ligne d’arrivée est encore long . Je décide donc de me mettre un peu la pression en visant la barre des 2h30.

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La tenue qui mène au podium

Des hauts et des bas

N’ayant pas trop regardé le profil de la course j’ai la mauvaise surprise de découvrir une deuxième montée à Fourvières par exemple… Je garde toujours ma technique de marcher rapidement dans les montées, car même si je me fait doubler par quelques coureurs dans celles ci, je les reprends très souvent en descente! Ce sera d’ailleurs le cas avec le même coureur sur plus de 15km ce qui est plutôt rare dans ce genre de course accueillant plus de 1500 participants! Du coup j’en ferai un de mes objectifs, d’essayer de ne pas le perdre de vue pour caler mon allure! Ça permet aussi de m’occuper l’esprit, car il faut s’avouer que certaines portions de courses sont un peu longue quand on court seul.

Une des côtes me marque l’esprit: la fameuse piste de la Sarra! De loin je me dis « chouette une pente qui ressemble enfin à un vrai trail nature ». Mais une fois lancée, les deux mains sur les cuisses, je la trouve finalement interminable et surtout très raide ! Ça me rassure d’ailleurs de voir que la quasi totalité des participants marchent.. (les extra terrestres qui courent dans ce genre de pente sont déjà bien loin!!).

Au 11ème kilomètre comme depuis plusieurs semaines quand je cours sur ces distances, une douleur au pli de l’aine me prends. Il faudra faire avec même si je sais qu’au fil des kilomètres si je ne diminue pas mon allure, cette douleur va partir dans la fesse et irradier ma cuisse. (c’est un genre de sciatique dixit mon chiropracteur: oui le coureur a des problèmes de santé semblable à celle d’une personne âgées!). Je continue tout de même sur mon rythme en ayant toujours en point de mire ce coureur qui me double et que je redouble sans arrêt!

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1er ravito en haut de la fameuse côte je décide de ne pas m’arrêter car j’ai une bonne réserve d’eau et il est trop tôt dans la course pour que j’avale quoi que ce soit ; (point faible dans la gestion de mes courses, l’alimentation: je ne sais jamais trop quand manger quelque chose, alors je fais tout au ressenti !). La course se poursuit et je double toujours quelques personnes, et également des féminines, ce qui, avec mon esprit de compétition, ne fait que booster ma motivation! Je garde une allure au plat autour des 5min au kilomètre voire un peu en dessous, ce qui est plutôt pas mal sur ce genre de distance.

Un peu après le 2ème ravitos (environ 16km), un homme me signale que je suis 8ème féminine ! Pour le coup je me mets à rêvasser d’une éventuelle 3ème place dans ma catégorie (on ne sait jamais; oui le coureur à tendance à s’égarer dans ses pensées quand le cerveau n’est plus assez oxygéné !!!). Ne connaissant pas la fin du profil du parcours, après ce ravitaillement s’ensuit une longue descente ou je me laisse aller (ma vitesse doit approcher les 3min30 au kilomètre) pensant que de toute manière il ne doit plus avoir beaucoup de côtes. Grossière erreurs… les 3 derniers kilomètres longent la Saône, mais surtout bifurquent tout les 200 mètres dans des ruelles étroites avec… beaucoup d’escaliers !!! Je les avaient presque oublier. Sauf que mes jambes bien engourdis par mes descentes endiablées, n’ont plus la même vigueur qu’au départ ! Je grimpe donc beaucoup moins vite en espérant qu’à chaque fois ce soit la dernière ! Mais cette succession de montées/ descentes sera de la partie jusqu’à la fin ! Tant pis dans ma tête je suis rodé, le chrono affiche 2h20 au 22ème kilomètre, mon objectif des 2h30 est tenable. D’autant plus que depuis le 18ème km ou l’on m’a annoncé une 8ème place féminine, mon objectif a été d’en doubler le maximum pour me rapprocher du podium (même si je vous rassure, je n’y crois pas un instant, mais alors pas du tout et je me dis que cette personne a vraiment mal dû compter les féminines!!)

Un dénouement plus qu’imprévu…

Enfin j’aperçois l’opéra !! Encore quelques marches qui nous rassure sur le principe du trail urbain avant d’entrer dans l’hôtel de ville pour atteindre l’arrivée; les nombreux spectateurs venus faire une haie d’honneur sur les 300 derniers mètres me donnent des ailes et me font oublier toutes mes douleurs! (c’est ce qu’on nomme « l’appel de l’écurie »). Petit sprint final du genre tout va bien- j’ai mal nul part-j’aurais même pu continuer- me fait passer la ligne d’arrivé en 2h26 !!

Médaille de finisher en cadeau je suis fière de ma course et pense être dans le top 10. Il Faudra 15 minutes de plus à ma courageuse copine pour boucler sa course! Très fière d’elle car c’était sa plus difficile course jamais couru en terme de distance ! 1h après c’est ma collègue qui boucle son 14km en 1h49, ce qui est très honorable après 6 mois d’arrêt de course à pied !

Ce que j’aime en trail et que l’on ressent moins sur les autres courses, est que notre principale victoire, c’est de terminer (contrairement à la course sur route ou le chronos est toujours plus présent et stressant).

Comme après chaque course entre copines, une petite bière s’impose et nous nous posons sur la terrasse d’un bar de la place des terreaux. Nous entendons des gens parler des résultats qui sont déjà affichés sur le site de la course. Par curiosité, nous allons voir notre classement. Et là, surprise général, je me classe finalement 2ème féminine à 30 seconde de la 1ère ! Je ne comprend même pas ce qui m’arrive, j’en ai les larmes aux yeux (oui la course exacerbe les émotions ce qui peut rapidement nous ramener en enfance !!) et je n’arrête pas de dire à mes copines que ce doit être une erreur ! Elles sont aussi excitées que moi et veulent rester pour les podiums !

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Marion, à gauche, deuxième du LUT 2016 – 23km

Au moment des résultats je crois que je suis plus stressée qu’avant le départ de la course ! J’ai tout simplement pas l’impression d’être à ma place ! Certes, il m’arrive de faire des podiums dans les courses de village du département de l’Ain ! Mais là, à Lyon, je ne m’y attendait pas du tout ! En tout cas j’ai été bien gâté, un sac Salomon en cadeau ainsi qu’un beau petit trophée que je garderais précieusement ! Comme quoi partir sans objectif, ne pas se mettre de pression et continuer à profiter de la vie peut donner des résultats !

Félicitations

Je tiens également à féliciter ce coureur avec qui nous avons fait de nombreux chassés-croisés durant la course; nous nous sommes perdu de vue vers le 20ème kilomètre, mais grâce aux supers réseaux sociaux, il a pu me retrouver ; ainsi j’ai découvert son blog, ce blog, « Normal Runner » avec des principes qui font que n’importe quel coureur lambda, peut s’y retrouver et auxquels je m’y retrouve complètement. Alors vous aller me dire « genre la fille elle finit 2ème et elle se considère normale »! Et bien oui, je suis une coureuse ordinaire qui a juste bien progresser et qui surtout ne se prive d’aucun plaisir de la vie ! Alors longue vie à la communauté des « normal runners » !! 😀


Merci beaucoup Marion pour ce récit de course. C’est au top et c’est exactement ce que je voulais en créant ce blog, partager des expériences, faire parler d’autres personnes. J’espère que tu es la 1ère d’une longue liste ! 😀 Cela me fait dire qu’il est fort probable que le blog se transforme un peu afin d’avoir plusieurs auteurs, wait & see, à vous lecteur de nous dire également ce que vous en pensez !

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1 Comment

  1. Très beau récit. Émouvant et plein d’humour. Ça paraît presque accessible si ce n’était le temps canon affiché. Bravo !


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