La SaintéLyon, la mythique course de nuit reliant les deux villes historiquement « ennemies » de la région Rhône-Alpes : Saint-Etienne et Lyon. La SaintéLyon, la course que je qualifiais de débile et d’inintéressante quelques mois avant d’être sur la ligne de départ. Quel intérêt de courir autant de kilomètres ? Quel plaisir de courir 9h, 10h, 11h et jusqu’à 15h dans le froid et l’humidité d’une nuit de décembre ? Quel est l’objectif de tous ces c**s…euuu…fous qui se lancent dans cette course alors qu’il y a un choix pléthorique de courses tout au long de l’année ?

Voici les questions qu’on se posait avec un ami, affalés sur nos transats au bord d’une piscine et avec une bonne bière un après-midi ensoleillé de juillet. À ce moment-là, j’étais très loin de penser que je ferai partie de ces gens 5 mois plus tard.

Impossible de l’imaginer pour plusieurs raisons :

  • je sortais de mon plus grand trail, 48km/2900d+, 6h50 d’effort et bien assez à mon goût
  • 72km c’est long, très long, pratiquement 2 marathons…sans compter le dénivelé de la SaintéLyon (1900d+)
  • je n’aime pas le froid, autant faire un équivalent l’été !
  • pourquoi faire une course qui part de chez « l’ennemi » ? 😀 (amis stéphanois vous allez prendre dans cet article, c’est le jeu haha)

 

I-run, le coup de pouce

Initialement j’avais prévu de conclure ma saison 2016 après le marathon de Lyon. C’était sans compter les endorphines, la satisfaction d’avoir réussi mon marathon… mais avec la sensation de ne pas avoir tout donné… Il me fallait une dernière course, un truc de fou, un challenge impensable, une course qui rien que d’y penser me foute une dose d’adrénaline et de motivation, un dernier défi sur 2016 pour me mettre en difficulté. J’ai envie de m’envoyer dans une galère pour en sortir et prendre cette dose de kiff quand tu passes la ligne d’arrivée !

Je check le calendrier, pas grand-chose… j’ai le semi du beaujolais de prévu mais je sais que je ne pourrai pas m’en satisfaire. Il y a la SaintéLyon… mouai bof, « course de c**s ». En parcourant le site de la course je vois qu’I-run est sponsor. Étant en contact avec eux, ils m’invitent sur la course… « euuuuu la 72km solo ? ». C’est décidé, c’est le destin, il est là le défi, se farcir 72 bornes dans le froid et la nuit, car oui « quitte à aller se perdre dans la Loire autant tout faire, je vais pas y aller tous les ans haha ». Si je sors de cette galère, normalement la dose de kiff à l’arrivée, je l’aurai… C’est signé, c’est dans 8 semaines !

 

Prépa physique et équipement

J’aime me mettre en difficulté mais très honnêtement j’aime bien quand ça se termine bien quand même 😀 (oui oui on appelle ça la « maîtrise du risque ») ! C’est pourquoi après une bonne semaine de repos post-marathon je décide d’entamer une préparation spécifique SaintéLyon avec des entraînements variés (VMA, seuil, résistance, sortie longue avec pas mal de d+). J’étudie le matériel avec attention, je n’ai pas envie de faire des mauvais choix et d’avoir des regrets ou des gênes sur le parcours. (vous pouvez retrouver mon équipement ici)

 

La blessure à J-30

30 jours avant la course, à l’issue d’une course de préparation je ressens une douleur au pied gauche… comme un coup de couteau à chacun de mes pas. Ça m’inquiète, 72km dans ces conditions ce n’est pas possible, ça fait beaucoup trop de coups de couteau haha ! BIM j’agis vite (pour une fois), en 24h je vois médecin du sport, osthéo et kiné. Ça c’est efficace ! Sauf que… le médecin du sport me diagnostique une tendinite et m’annonce clairement « pour la SaintéLyon, faut être objectif, c’est compromis ». Bizarrement ça m’inquiète pas plus que cela, j’ai confiance, je me dis « une semaine de repos et ça va aller ». Accessoirement il va littéralement me défoncer en me disant mot pour mot « entre nous vous n’avez pas un physique de coureur, vous êtes trop charpenté, trop grand donc trop lourd ». Au lieu de me mettre le moral à zéro il m’a boosté : « t’inquiète mon pépère dans un mois je boucle la SaintéLyon et on en reparle ! »

 

Le semi à J-14

« Une semaine de repos et ça va aller », j’avais raison ! Massages et glaçages quotidien et la douleur a pratiquement disparue. La seule douleur que j’ai est due à ma peau brûlée par les poches de glace xD. Le semi-marathon du beaujolais deux semaines avant la SaintéLyon est idéalement placé à condition de ne pas se cramer, je le cours donc avec le frein à main, le défi c’est dans deux semaines : rejoindre Lyon en partant de la ville ennemie… euh non, courir 72km, c’est ça le défi !

Il reste deux semaines et mon esprit se tourne vraiment vers la course. Mon entourage m’en parle, me pose des questions, les personnes qui ne courent pas me demande si je me rends bien compte de ce que je m’apprête à faire, je leur réponds que non et que c’est n’importe quoi mais que ça va le faire. Mais pour de vrai j’en sais rien du tout si ça va le faire, je flippe ma race et en plus je sais même pas si ils ont l’électricité à Saint-Etienne !

La vidéo officielle de la SaintéLyon 2016

Dans les starting-blocks

Les 3 jours précédents la course ont été marqués par un bon rhume. Rien d’alarmant mais de quoi m’inquiéter un peu… au final je pense être en forme le jour J. Je récupère donc mon dossard sur le village départ en vitesse, pas vraiment le temps de m’arrêter sur les stands et de flâner. I-run a un grand stand, ils prennent leur rôle au sérieux. Je note que la collection « sportswear » de la marque Mizuno est vraiment cool -> je mets ça sur ma liste de cadeaux de Noël 🙂 !

i-run est en place, faut que je fasse honneur !

Après 1h30 de route interminable je fais un bref passage dans le gymnase pour rejoindre Fabien, un pote, qui lui aussi fait sa première SaintéLyon. 23h10 soit 40min avant le départ de la première vague, nous sommes en place ! Il y a déjà du monde, on sait d’ores et déjà que nous ne serons pas dans la première vague, peut-être la deuxième. Peu importe, la seule chose qui nous intéresse c’est l’arrivée. Il ne fait pas trop froid et on discute beaucoup pour évacuer un peu le stress et faire passer le temps. On s’amuse à dire que d’après les stats des années précédentes, parmi toutes les personnes autour de nous, un peu plus d’une sur 10 n’arrivera pas. On évoque à peine l’idée que ça pourrait être l’un de nous, apparemment on a confiance !

Notre placement sur la ligne de départ

 

Départ, arrivée dans 72km

La première vague partie, on comprend qu’on sera dans la deuxième, tant mieux, l’impatience est énorme. BIM notre départ est donné, force & honneur, il faut rejoindre Lyon ! Après une centaine de mètres compliquée, le peloton prend forme et on peut facilement courir, bonne surprise pour moi, j’avais peur du monde mais c’est fluide. On se suit avec Fabien, on s’est entendu sur le fait de faire le max de route ensemble tout en faisant chacun sa course. Nous parcourons les 7 premiers kilomètres dans la ville (pas top mais obligatoire pour rejoindre les sentiers), frontale éteinte, avec un rythme cool, on discute énormément, surtout moi, je suis content d’être enfin parti du coup j’ai besoin de parler 🙂 !

Fin du 7ème kilomètre, tout le monde bifurque dans un petit chemin, c’est à ce moment précis qu’on entend à droite à gauche « ça y est, c’est parti ». Effectivement c’est aussi ce que j’ai ressenti, début des sentiers, on est en campagne et on aperçoit la première montée au loin grâce aux frontales des autres coureurs, la SaintéLyon commence réellement maintenant ! Les premières montées sont là, je marche, inutile de se griller, la route est longue. Ce sera mon mot d’ordre et ma stratégie jusqu’à la fin, marche rapide dès que la montée est trop raide et pour le reste relancer en courant au maximum mais sans monter en cardio (max 75-80%fcmax).

Photo Bruno Poulenard

16km et 480m de D+ parcourus en 1h44 pour rejoindre le premier ravito à Saint-Christo en Jarez. On ne ressent pas le besoin de s’arrêter, on décide de ne pas perdre de temps et de tracer. J’ai commencé à m’alimenter et m’hydrater avec ce que j’ai sur moi depuis l’heure de course, je suis bien. A la sortie du village j’aperçois Flavie, ma copine, qui a décidé de me suivre en voiture. On s’échange quelques mots « vous courez trop vite je viens d’arriver », « t’inquiètes pas ça va pas durer ! ».

 

Début des hostilités

Après m’être rassuré sur la première partie de course, en effet je suis bien physiquement, mon équipement me va parfaitement et je suis très à l’aise, je sais que la deuxième partie est autant exigeante en terme de dénivelé positif par contre la descente vers Sainte-Catherine peut être très périlleuse. On se suit toujours avec Fabien…toujours le même rythme et la même stratégie de marcher en montée et relancer de partout en courant. Nous parcourons quelques kilomètres de crêtes permettant d’observer de jolis serpentins de frontales derrière nous. Le public est très présent sur cette portion de course… enceintes / platines devant les maisons, feu et cloches dans les champs, les gens font la fête le long du parcours et ça motive !

Photos Bruno Poulenard

On assiste à quelques chutes dans le peloton, sûrement des coureurs surpris par les premières descentes verglacées. Je ne m’étais pas rendu compte que ça glissait, méfiance donc… Je fais le point avec Fabien au 24ème km, la descente vers Sainte-Catherine est dans 2km et le ravito dans 4km, il me dit qu’il souhaite s’arrêter pour manger/boire quelque chose de chaud. Personnellement je suis vraiment bien et j’ai envie de profiter de ma forme pour bien avancer… on verra dans 4km, en attendant on profite de l’ambiance.

Photo Bruno Poulenard

La descente vers Sainte-Catherine se passe bien, effectivement elle est un peu raide, un peu humide et parfois glissante mais honnêtement rien de très difficile quand on fait un minimum de trail. Même avec mes chaussures de route je ne suis pas en difficulté, rassurant pour la suite.

28km et 800m de D+ parcourus en 3h12. Fabien décide de s’arrêter et moi de continuer, nous décidons donc de faire notre course chacun de notre côté à partir de maintenant et on se souhaite d’être finisher ! Je ne fais pas du tout d’arrêt au deuxième ravitaillement pour ne pas me couper dans mon élan. Je suis bien, je me suis bien ravitaillé en courant et j’ai encore plus d’un litre de boisson, largement de quoi tenir les 11 prochains km qui mènent au prochain ravito et qui sont, d’après ce que j’ai compris, les plus durs.

 

Boue et grosses montées

A la sortie de Sainte-Catherine, je relance doucement en courant sur un faux plat montant, ça ne monte pas assez pour marcher et j’ai les jambes, la montre affiche une vitesse moyenne de 8.75km/h, largement au-dessus de mes estimations, tant mieux, ça contribue au bon moral 🙂 ! Je prends le temps de me retourner et d’observer un des plus beaux points de vue de la course, un long serpentin de frontales avec les coureurs descendants vers Sainte-Catherine et d’autres dans mes pas après le ravitaillement.

Photo Bruno Poulenard

Me voilà dans le Bois d’Arfeuille, pour une descente boueuse, mes chaussures de route sont plus que limite sur cette portion mais je relativise, les coureurs équipés de chaussures de trail ne vont pas plus vite, concrètement c’est la merde, tout le monde court comme sur des œufs et je sens bien que la seule motivation de chacun à ce moment-là est de ne pas tomber. C’est une petite galère de quelques centaines de mètres qui mènent vers une autre galère d’un autre genre… la montée du Rampeau (750m pour 180m de D+ soit une pente d’environ 20%). Forte heureusement cette montée est praticable, dans un bois mais sans boue. Ici tout le monde marche, faut être un sacré malade pour courir !

Photo Bruno Poulenard

A peine le temps de se remettre de cette montée qu’on repart dans un bois pour une descente pleine de boue. Alors là c’est 3 fois pire que la descente du Bois d’Arfeuille. Je ne réfléchis plus, je cours plus vite que tout à l’heure, je commence à me sentir à l’aise la-dedans. Je sais qu’à la fin de ce petit calvaire il y a le ravito. Mais cette portion est longue, très longue, 11km et 311m de D+ parcourus en 1h40.

Je suis au ravito de Saint-Genou, 39ème km, largement en avance sur mes temps de passages (45min-1h). Je prends le temps de manger quelques pâtes de fruits et pain d’épices et je fais le plein de mes flasques. A cet instant j’ai pris un petit coup au moral, je commence à me sentir attaqué physiquement et il reste encore 33km. L’enchaînement des descentes boueuses m’a puisé. Je me remonte le moral en regardant mon temps et en me rappelant que le prochain ravito à Soucieu est à 21km de l’arrivée…un semi-marathon, c’est quoi un semi ? hum ^^ !

 

Ça continue…

Les descentes boueuses et piégeuses continuent à s’enchaîner ! N’ayant pas eu le sentiment d’avancer sur la portion précédente, celle-ci commence pareil… Un chemin plat sur des pierres verglacées… on est tous obligé de marcher sur le plat. Je commence à en avoir assez, j’ai envie de courir, sans trop réfléchir, sur une route ou un chemin roulant. Mais non, il n’y a pas de chemin roulant, uniquement des descentes boueuses ou sur route verglacées. Il faut que je sois super prudent de partout, très concentré. La seule chose que j’ai à l’esprit c’est Soucieu, il faut que j’arrive à Soucieu, dans ma tête je sais que cela sentira bon le « finisher ».

Je suis à deux bornes du ravito, je cours sur une route, elle ne glisse pas, c’est donc très roulant, tout va bien ! J’ai hâte d’y être, boosté après avoir croisé Flavie quelques kilomètres avant je suis bien, j’ai le moral. Sauf qu’une petite douleur au pied ressentie au 40ème kilomètre se fait de plus en plus présente et violente. J’ai pas besoin de chercher bien loin, c’est ma tendinite qui est de retour (le médecin du sport avait-il finalement raison ?). Pas vraiment au même endroit mais c’est le même tendon… Je l’étire et le masse un peu pour essayer de le détendre à plusieurs reprises. La douleur est supportable mais il reste encore 20km…car oui ça y est, je suis à Soucieu !

52km et 1450m de D+ parcourus en 6h11. Plus d’une heure d’avance sur ce que j’estimais en me basant sur un temps de 10h. Je croise un collègue sur le ravito qui vient de finir son relais, il me demande comment ça va, je lui réponds que je suis au bout de ma vie. Mais dans le fond pas tant que ça, c’est vrai que j’ai bien galéré pendant 15-20km mais maintenant c’est que du bonheur, si la douleur au pied ne s’accentue pas ça sentira bon Lyon !

 

C’est dans la tête

Les 20 derniers kilomètres sont constitués à 80% de route et sont donc très roulants malgré quelques bosses dont la dernière le long d’un aqueduc romain avec des pentes entre 16 et 18% sur pratiquement un kilomètre. Je fais un calcul rapide et je me rends compte que faire moins de 9h est envisageable à condition de ne pas lâcher. La douleur au pied est présente mais pas trop violente, et si je m’étire elle passe pour quelques minutes, c’est donc gérable même si du coup je perds un peu de temps mais rien de dramatique. Je décide de tenter le challenge, cela me permettra de me remotiver et de faire abstraction des douleurs pour terminer.

Photo Bruno Poulenard

Je m’arrête 3min à Chaponost au dernier ravito pour boire un thé chaud, il fait du bien ! J’imagine la bière une fois chez moi après une bonne douche… Le soleil se lève, je suis à une dizaine de kilomètres de boucler ma première SaintéLyon et je suis toujours sous les 9h ! C’était complètement impensable pour moi, faut pas que je lâche. C’est dur, 10km c’est encore long et les derniers sont toujours interminables. Le jour arrive et ça fait plaisir, ne plus devoir courir avec la frontale me plait bien car j’en ai assez du champ de vision restreint. C’est le moment d’attaquer la dernière montée, je prends ça comme un symbole après tout ce chemin parcouru, mais je prends ça en marchant surtout 🙂 !

Photo Bruno Poulenard

Je discute tout le long avec un coureur qui voulait faire moins de 8h, c’est raté pour lui, il a le moral dans les chaussettes. Très fort contraste avec moi qui suis euphorique, en regardant ma montre je me rends compte que les 9h c’est maintenant acquis et que je pourrais tenter moins de 8h30. Je me dis que non, que non je n’irai pas chercher ce temps-là, que ces derniers kilomètres je vais les faire tranquillement et profiter au maximum, l’objectif est déjà largement atteint !

Après quelques escaliers, quelques mètres le long des quais… voici l’arrivée ! Je rentre dans la Halle Tony Garnier il est 8h23, je passe sous l’arche d’arrivée et je boucle ma première SaintéLyon en 8h32min46s, 768ème sur 5154 arrivants ! Fabien arrivera seulement 10min après moi. Finishers tous les deux… comme prévu :p

Photo Bruno Poulenard

Ce fut un gros plaisir de faire cette course, il y a eu quelques galères mais c’était à prévoir et c’est ce que je cherchais en venant sur la SaintéLyon. Je voulais un défi, repousser mes limites. Au final je suis finisher dans un temps honorable et inattendu. Ma joie est comparable à un but 90+3 de Jimmy Briand contre Saint-Etienne. Maintenant j’ai plus qu’à me tourner vers 2017 pour trouver un défi encore plus gros 😀 !

N’hésitez pas à laisser un commentaire si vous avez des remarques ou des questions, j’y répondrai avec plaisir !

Merci i-run.fr pour cette invitation, j’espère avoir été à la hauteur 🙂

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