Connaissez-vous « Philippidès » ? Non parce que si en 2016 on a un record d’inscrits à chaque marathon c’est à cause de ce mec là. Enfin… de sa légende ! Philippidès c’est le mec qui aurait fait Marathon – Athènes à pied en 490 av J-C pour annoncer la victoire contre les Perses (sympa ce moment d’Histoire non ?). Du coup, en 1896 soit pratiquement 2400 ans plus tard, un français, Michel Bréal (linguiste, pas sportif du tout bien entendu) s’est dit « tiens si on faisait courir des mecs aussi longtemps que Philippidès pour entretenir sa légende ». 120 ans après cette idée fabuleuse de Bréal, le 4 octobre 2015 j’ai couru mon premier Marathon… Et en voici le récit, comme si vous y étiez ! 😀

A Lyon, pour se rassurer

Après avoir fait quelques semi-marathon, je voulais me confronter à la distance mythique du marathon, le faire au moins une fois, juste histoire de dire « je suis marathonien ». Pour cette première, où aller ? Paris, Londres, Annecy, on m’a conseillé pas mal de marathons… mais pour une première j’ai choisi la facilité logistique avec le marathon de Lyon, le plus proche de chez moi. Je me suis inscris environ 6 mois avant le jour J, avec un objectif, terminer en 4h. dossardLYON2015

Une préparation…inexistante

Bien entendu, quand on s’inscrit à un marathon et qu’on est un Normal Runner on est plus ou moins obligé de se préparer correctement sinon on file tout droit à la catastrophe. Je me suis donc fait un programme d’entraînements sur 10 semaines pour boucler le marathon en 4h. Cela correspondait à une allure totalement tenable au vu de mon niveau. C’est donc 3 mois avant le jour J, en plein été, que je reprends la course après 2-3 semaines de pause nécessaire. Sauf que la reprise ne se passe pas comme prévu, douleurs aux genoux, tendinite, syndrome de l’essuie-glace, douleurs rotuliennes, j’enchaîne les douleurs, les blessures et cela jusqu’à 3 semaines avant le marathon… Je décide de consulter podologue / kiné et en 2 semaines je ressens moins de douleurs et de gênes. Nous sommes à 1 semaine du marathon, j’ai couru à peine 100 kilomètres en 8 semaines, je fais un dernier test de 10km, les douleurs ne sont plus là. Je décide donc d’aller sur la ligne de départ, avec toujours le même objectif mais en sachant au fond de moi que je n’ai rien à faire là et qui si je fais ne serait ce qu’un semi ce sera déjà bien.

C’est parti ! Il reste 42,195km

Le départ est donné, je ne suis pas serein du tout, j’ai jamais fait une telle distance, je ne suis pas entraîné et à tout moment je chope une douleur. Mais je suis là, c’était inespéré et je compte bien conclure ce marathon, pas question de lâcher le morceau ! Je suis accompagné de Gigi, un collègue, qui lui aussi vise les 4h et qui lui aussi est très mal préparé. Ça devrait nous aider d’être deux, car on a conscience qu’on est dans une belle merde (désolé mais il y a pas d’autre mot). Opopop, on est plusieurs milliers à enchaîner les pas sur le bitume lyonnais, on commence par longer les quais de Saône pendant beaucoup trop de kilomètres, l’allure est tranquille, 10km/h voir un peu plus, aucun problème de souffle, je pourrai discuter tout du long si il le fallait. Les ravitaillements s’enchaînent rapidement jusqu’au 15ème kilomètres, les bouteilles d’eau sont partout sur le sol, il y a beaucoup (trop) de monde mais l’ambiance est plutôt bonne. Je bois, je prends des gels, je bois, je fais ma course, sans être vraiment dedans.

Encore 25,195km

Nous arrivons au 17ème kilomètre, Gigi est toujours à mes côtés, les sensations sont plutôt bonnes, on se dit que ça va être long, très long. Je me demande « Est-ce tenable ? Est ce raisonnable de vouloir aller au bout ? » car nous sommes à la séparation semi-marathon et marathon. Soit je me facilite grandement la tâche, je cours un semi-marathon soit je force et je file sur le marathon et là c’est Carpe Diem, à tout moment ça part en sucette… Le fait que je me pose cette question prouve que mentalement je n’y suis pas, j’ai pas l’habitude de penser à ce genre d’échappatoire sur une course. Je me concentre, je regarde Gigi, il est déterminé, je le suis et je prends le chemin du marathon. Plus que deux issues, l’abandon ou bien je serai finisher ! run-in-lyon-course-marathon-semi-inscriptions

Le début de la galère

Nous voilà dans le fameux parc de la tête d’or, nous sommes au 22ème kilomètre, les premières difficultés physique commence à se faire ressentir, jambes lourdes, douleurs aux hanches, pied droit qui fait mal… Et pour Gigi, c’est pire ! D’un coup c’est la crampe pour lui, crampe au mollet, impossible de continuer, je l’attends 30 sec puis voyant qu’il est obligé de marcher, il me dit de continuer seul… c’est le coup dur. Coup dur car globalement je sens que je vais vraiment rentrer dans le dur et en plus tout seul. Physiquement j’accuse le coup à chaque kilomètre, je continue avec la même allure, j’ai aucun souci côté cardio, c’est musculairement qu’il y a de gros problèmes. Il reste 16 kilomètres, ça fait maintenant 6 kilomètres que je suis seul et je suis obligé de m’arrêter, le dessus de mon pied droit me fait trop mal, je libère la douleur en détachant complètement mon lacet, je chope un début de crampe en faisant cette manœuvre. Ca va mieux, j’ai moins mal au pied et en plus, à ma plus grande surprise, Gigi me reprend à cet instant ! On repart à deux, le moral va revenir, c’est sur !

La galère totale

15 kilomètres, 15 kilomètres et je suis marathonien ! Je prends les pas de Gigi, il est requinqué, il me dit que non mais il est bien bien bien mieux que moi. Et je vais en faire les frais, je n’arrive pas à le suivre, son rythme est trop élevé, j’ai mal partout, le dos, les hanches, le pied. J’ai de gros coups de fringales, le fameux mur des 30, je suis en plein dedans ! Sauf que là c’est pas un mur, c’est l’Everest. Je m’arrête aux ravitos, sucre, banane, eau, étirement du dos, je fais tout mais rien n’y fait, je suis plus que jamais dans le dur. On rentre dans le parc de Gerland, plus personne pour encourager, c’est désert, on en ressort pour rentrer dans une zone industrielle, il n’y a personne, c’est l’horreur, j’ai mal, « qu’est ce que je fais là bordel ? » Je comprends qu’on va passer dans le stade de Gerland, je me raccroche à ça, c’est un moment que j’attendais, je suis dans le stade, j’ai envie de fêter un but en me jetant sur la pelouse… mais non… « compte pas dessus, si tu le fais tu vas choper une crampe c’est sur ». J’ai retrouvé le sourire à m’imaginer faire ça, j’ai rigolé même… mais j’ai fais que 100m entre temps, « bordel qu’est ce que je fais là ? » lacazette-a-marque-son-18e-but-en-ligue-1_176646 Il reste 10km, 10 ! J’en suis à 3h10 de course, si je cours un 10km comme à l’entrainement je rentre dans les temps, sauf que vu l’état de mon corps, c’est juste impossible, bim coup au moral. Oh tiens, une bouche de métro, si je monte dedans, dans 1h max je suis chez moi, si je continue à courir, dans 1h c’est même pas dit que je sois arrivé à la fin de ce marathon. Métro pas métro ? Une spectatrice me voit en galère, elle m’encourage avec ses enfants « allez allez faut pas lâcher, dans 10km c’est le bonheur, c’est dur mais faut tenir ! » OK, pas métro. « Mais qu’est ce que je fais là bordel ? »

Finisher ou pas finisher ?

10, 9, 8, 7, 6, 5… 5 kilomètres, j’ai traversé 5 kilomètres horrible mais j’ai appris. J’ai appris notamment que je me suis très mal alimenté, d’où le mur des 30 et la suite, c’est sur, bouffer des morceaux de sucre à partir du 25ème pour se donner la pêche c’est très mauvais, je le sais pour la prochaine fois, maintenant faut terminer. Je suis persuadé que je vais finir, 5km, c’est pas possible autrement, même en marchant à moitié j’irai chercher la ligne d’arrivée ! A moi le t-shirt finisher. 3 kilomètres de l’arrivée, je me fais doubler par un mec en tongs, du délire, un gros pique à ma fierté : « non mais on va où là ? J’ai investi 100 balles dans mes baskets + 100 balles dans des semelles pour soigner mes douleurs au genou et toi tu te balades en tongs et tu me doubles ? ». Ce mec en tongs n’a simplement pas le droit de terminer devant moi, c’est en tout cas ce que je me dis, et ça fonctionne, je m’arrache, je le double, je le distance, je le mets à l’amende, il reste 2 kilomètres, j’accélère, 500m, je sprint, c’est n’importe quoi, pourquoi, pourquoi là mon corps fonctionne à merveille ? Du coup je passe la ligne d’arrivée en sprint, tel un kenyan (enfin à quelques détails prêt), genre je suis champion du monde, non non mec, tu viens de mettre 4h21min… par contre t’es finisher, et ça, c’était loin d’être gagné ! finisher

I’m a finisher

La ligne franchie, je retrouve Gigi arrivé une dizaine de minutes avant, on est finisher, lui a l’habitude, moi c’est le premier, c’était dur mais c’est fait, quel plaisir ! Énormément d’images en tête, d’ascenseurs émotionnels, des bons et de très mauvais moments, des détails qui te ramène dans la course alors que tu n’y es plus depuis de longues minutes. C’est une belle épreuve, un très bon souvenir. Après avoir franchit la ligne d’arrivée je pensais avoir tout vu et tout entendu pour aujourd’hui, mais non. J’ai croisé un Monsieur qui après m’avoir vu marché avec difficulté m’a demandé si j’avais fait le marathon et combien de kilomètres il faisait cette année 😀 . Fin du game, il ne restait plus qu’à plier une bière et aller se coucher !

Commentaires
  • Alexandre
    Répondre

    Je lis votre article à quelques jours de mon premier marathon… je ressens l’adrénaline qui monte petit à petit et j’ai tellement hâte ! JE sens que cela va être une expérience inoubliable et votre article me conforte dans cette idée

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